• Zoé Détrez

Tous Humains : Mon expérience dans le camp de réfugiés de Grande-Synthe près de Calais

Updated: Feb 2

Because We Are All Humans.


Qui n’a pas entendu parler des réfugiés dans les médias ? Des centaines de personnes qui meurent chaque jour dans la Méditerranée (près de 20 000 depuis 2014), des camps de migrants à Calais, de démantèlement, et par dessus tout, de la fameuse « crise de réfugiés » ? Nous sommes bien nombreux à n’entendre parler de ce « problème » qu’à travers nos écrans, ayant pour impression que nous ne sommes pas concernés et que cela se passe loin de nous. Mais pourtant, il s’agit bien d’une réalité inhumaine qui se déroule dans le monde, mais aussi sur notre territoire, là, juste à côté de chez nous.

Témoignage


Samedi 26 décembre 2020:


C’est la deuxième fois que je viens sur le camp de Grande-Synthe, près de Calais dans les Hauts-de-France. Il y a déjà d’autres associations sur place, d’autres bénévoles venus de la France entière et même de pays voisins. Ils sont là, distribuant de la nourriture, des couvertures, des tentes, des sacs de couchage à des Hommes qui attendent sagement en file indienne. Aujourd’hui, je m’occupe du thé, les autres volontaires sont à la distribution de repas chauds. On a installé une table un peu isolée et les migrants viennent vers moi pour se réchauffer avec le chaï. Je ne peux m’empêcher de discuter avec eux ; ce qui me frappe surtout ce sont leurs sourires. Certains sont là depuis 2 semaines, transis de froid, mais ils sourient, sont polis, respectueux, ne se bousculent pas, attendent patiemment. Ce sont des humains, civilisés, et ils sont mis de côté, dans la forêt. On échange des rires, on essaie de communiquer, ils m’apprennent des chansons, des mots en Kurde et Pachto. Ce sont des Irakiens, des Afghans et des Kurdes qui ont envie de partager. Je discute avec deux Afghans, l’un était champion de criquet dans l’équipe nationale, c’est pour ça qu’il veut rejoindre l’Angleterre, pour le criquet. L’autre, vient de sortir de l’école et souhaite continuer ses études pour devenir médecin. Touchant. C’est très dur de les voir ainsi, ils ont mon âge, ils ne devraient pas être là à tenter de passer en Angleterre, risquant leur vie chaque jour. Cela fait du bien, de se confronter à la réalité, de rencontrer, d'échanger. Mais c’est dur. Dur au moment de partir, avec le sentiment de les abandonner dans le froid et la tempête. Alors, oui je savais que le monde était injuste et inégal et y être confronté ça coupe l’appétit. Mais ce qui me dégoûte encore plus, ce sont les stigmates qu’on colle à ces Hommes.

Lundi 29 décembre 2020:


J’apprends le démantèlement du camp, pleine de rage et de désespoir je me demande comment les migrants font pour garder le moral, subissant des démantèlements trois à quatre fois par semaine. Ils viendront par dizaines derrière leurs boucliers faire face à des hommes, des femmes et des enfants qui n’ont plus presque plus rien. Ils viendront leur arracher leur bâche avec une grue, bâche qui les protège de la pluie, qui les isole des 3°C du Nord. Et encore, « protéger » et « isoler » sont de bien grands mots, disons plutôt que c’est ce qui leur permet de survivre.


Appel à l’engagement


Alors non, je ne vous demande pas de chausser des bottes et d’aller dans les camps. J’aimerais simplement que vous vous questionniez sur la vision que vous et vos proches portez sur ces migrants, réfugiés et demandeurs d’asile. Les Migrants, les Autres, ceux qu'on voit à la télé en masse et menaçants, ce sont d’abord des humains, des Hommes, nos frères et sœurs qui tentent de survivre et qui sont réduits à la condition d’animaux.


Alors non, « nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde », mais nous pouvons respecter nos valeurs essentielles, et être humains avec les humains. Il me semble important, non, indispensable, de ne pas les stigmatiser, de ne pas les associer à des « flux », à « une crise », oui ce sont des termes effrayants. Moi même en allant dans ces camps de migrants je pensais trouver de la violence, de la peur. Je n’y ai trouvé que de l’amour et de la solidarité. Oui, je sais, c’est une expérience ponctuelle, et demain, ce sera peut-être différent, peut-être éclatera une dispute avec de la violence, peut-être que certains viennent avec de mauvaises intentions, ils ne sont, bien entendu, pas forcément tous bienveillants, mais il ne s’agit que d’une toute petite minorité et ne les stigmatisons pas à cause de cette peur de l’Autre.


Nous pouvons agir. Même si l’action est petite. Même si nous sommes frustrés de ne pas pouvoir faire de choses à plus grande échelle. Même si nous aimerions que ces Hommes soient traités comme des Hommes, surtout dans un pays qui se dit être « le pays des droits de l’Homme ». Bien sûr, des actions sont menées par l’État et c’est bien, c’est un début, mais il y a un certain point où il faut agir, et réellement. Je veux surtout partager avec vous ma rage et mon désespoir face à cette situation.

Je suis énervée et indignée par l’injustice à laquelle sont confrontées ces personnes mais encore plus au rejet, à la peur, voire au dégoût qu’ils subissent. Alors, s’il vous plaît, changez votre vision, si négative qu'elle soit, de ces personnes, lisez, renseignez-vous. Ne restez pas dans le cliché et la peur. Par dessus tout, rencontrez-les. Même en pensant être sensibilisé.es au sujet, les rencontrer vous chamboulera.



Who hasn't heard about refugees in the media? Hundreds of people dying every day in the Mediterranean sea (nearly 20,000 since 2014), migrant camps in Calais, often dismantled, and above all, the famous "refugee crisis"? Many of us only hear about this "problem" through our screens, under the impression that we are not concerned with it and it’s happening far away from us. It is, indeed, an inhuman reality that is taking place elsewhere in the world, but also on our territory, close to us.


Saturday 26th December 2020:


This is the second time I have come to the Grande-Synthe camp, near Calais in the Hauts-de-France. There are already other associations on site, other volunteers from all over France and even from neighbouring countries: Belgium and UK. They are there, distributing food, blankets, tents and sleeping bags to the people who are waiting quietly in file.

Today, I am in charge of tea, the other volunteers are distributing hot meals. They have set up a table and the migrants come to me to warm themselves with chai. I can't stop myself from chatting with them, what strikes me most are their smiles. For some of them, they have been here for two weeks, pierced by the cold, but they smile, are polite, respectful, don't jostle each other, wait patiently. They are human, civilized, and they are put aside, in the forest. We exchange laughs, we try to communicate, they teach me songs and words in Kurdish and Pashto. They are Iraqis, Afghanis and Kurds who want to share. I'm talking to two Afghanis, one was a cricket champion in the national team, that's why he wants to go to England, for cricket. The other has just left school and wants to continue his studies to become a doctor. Moving. It's very hard to see them like that, they are my age, they shouldn't be here trying to make it to England, risking their lives every day. It's good to be confronted with reality, to meet, to exchange. But it's hard. Hard when we have to leave, with the feeling of abandoning them in the cold and the storm. So, yes, I knew that the world was unfair and unequal, and to be confronted with it, it ruins your appetite. But what disgusts me even more are the stigmas that are attached to these men and women.


Monday 29th December 2020:


I learn about the dismantling of the camp, full of rage and despair. I wonder how the migrants manage to keep their spirits up, being dismantled three or four times a week. They will come by the dozen behind their shields to face men, women and children who have almost nothing left. They will come and tear off their tarpaulin with a crane, a tarpaulin that protects them from the rain, that isolates them from the 3°C of the North. And again, "protect" and "isolate" are big words, let's rather say that this is what allows them to survive.


So no, I am not asking you to put on your boots and go to the camps. I would just like you to ask yourself about the perception you and your loved ones have of these migrants, refugees and asylum seekers. The Migrants, the Others, the ones that we see on TV en masse as threatening, they are first and foremost humans, our brothers and sisters who are trying to survive and who are reduced to the condition of animals.


So no, we can't ”take in all the misery in the world", but we can respect our essential values, and be human with humans. I think it is important, or rather, crucial, not to stigmatise them, not to associate them with "flows", with "a crisis", yes these are frightening terms. Even when I went to these migrant camps, I thought I would find violence and fear. All I found there was love and solidarity. Yes, I know, it's a one-off experience, and tomorrow, it may be different, perhaps a violent quarrel will break out, perhaps some come with bad intentions; they are, of course, not necessarily all benevolent, but they are only a very small minority and we shouldn’t stigmatise them because of our fear of the Others.


We can do something about it. Even if the action is small. Even if we are frustrated at not being able to do things on a larger scale. Even if we would like to see these people treated as people, especially in a country that calls itself "the country of human rights". Of course, actions are being carried out by the State and that is good, it is a start, but there is a certain point where action must be taken by us, and really taken. Above all, I want to share with you my rage and my despair in the face of this situation.


I am angry and outraged at the injustice that these people face, but even more at the rejection, fear and even disgust that they suffer from. So, please change your view, however negative it may be, of these people; read, and find out more. Do not remain confined to the clichés and the fear. Above all, meet them. Even if you think you are not sensitive to the subject, meeting them will upset you.


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